Oeuvres sur papier


vernissage le jeudi 23 janvier • du 22 janvier au 23 février 2014

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Alice Nadjarian. Encre, crayon de couleur, aquarelle et feutre sur papier, 70 x 100 cm, 2011.

Exposer en galerie une œuvre très jeune, en gestation, est à la fois délicat et exaltant. C’est manier un objet fragile, malléable, peut-être préparatoire, contenant encore tous les possibles d’une œuvre à venir.

Actuellement élève en troisième année à L’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, Alice Nadjarian est âgée de vingt-deux ans et revendique un parcours encore inachevé d’apprentissage des techniques picturales. Pourtant son travail dans le cadre de l’atelier de Djamel Tatah depuis 2011, constitué de dessins sur papier mêlant le crayon de couleur, l’encre, les pastels et l’huile, mérite déjà à nos yeux un panorama. Elle étonne par l’acuité de son regard et la sûreté de son geste.


Alice Nadjarian. Crayon de couleur et mine de plomb sur papier, 56 x 76 cm, 2011.

Première constante : les dessins d’Alice Nadjarian sont tous des paysages, réels qui plus est, car vus et vécus lors de voyages. Ces espaces sont capturés dans des carnets, en quelques traits de crayon et notations de couleurs, pour être ensuite recomposés à plus grande échelle, sur la base de ses croquis et souvenirs.

Si l’espace d’origine est parfois indiscernable, peu importe, ce qu’elle souhaite en garder est ce qu’elle appelle son essence. Saisir l’essence d’un espace ne suppose ni son imitation, ni même sa figuration, mais de retranscrire sa puissance esthétique dans la langue du dessin. Nulle intention, pour autant, de le camoufler : cet espace est présent, « cité » comme en exergue à sa propre traduction.

Cette soif d’essentiel définit un style : le geste est rapide et spontané, le trait visible, les détails éliminés, la perspective dispensable. Ce qui prime, le cœur du dessin, est la combinaison de couleurs-clés en des formes prestement crayonnées, au carrefour du colorisme et d’une esthétique du geste.


Alice Nadjarian. Encre, crayon de couleur, aquarelle et feutre sur papier, 70 x 100 cm, 2011.

Autre constante de sa création, le sublime des paysages qui nourrissent son inspiration. Sublime au sens burkien ou kantien de grandiose, écrasant et source de vertige, par opposition au beau à échelle humaine, plus quotidien. Car c’est à l’occasion de voyages dans des régions spectaculaires (Laponie, Grand Canyon) qu’elle remplit ses carnets. étendues de blanc immaculé, éclatant et ouaté du cercle polaire. Volumes chaotiques et couleurs irréelles des canyons.

Puiser dans ces spectacles naturels comme dans des réservoirs d’absolu, c’est se situer dans la lignée de l’esthétique romantique, qui conçoit l’art comme passerelle entre la fragilité de l’homme et la puissance incommensurable de la nature. Mais son romantisme se déploie sans la dimension spirituelle consciente, sans l’évidence de la figuration, sans l’inspiration mythologique ou historique qui définissent le romantisme du XIXème. L’abstraction est passée par là, et l’action painting, et les griffonages d’un Twombly, et les audaces formelles du dessin comtemporain.

Si Alice Nadjarian revendique des modèles dans l’époque romantique, ce serait plutôt du côté de Turner, et son pré-impressionnisme atmosphérique, quasi abstrait. Il n’est pas anodin que dans son apprentissage actuel des techniques de l’huile sur toile, elle travaille en ce moment une série sur les incendies.


Alice Nadjarian. Crayon de couleur, aquarelle et huile sur papier, 107 x 125 cm, 2012.

Ses carnets, présentés dans l’exposition, sont feuilletables comme des récits de voyages, et comme des témoins de son travail d’observation. Souvent le premier croquis, spontané, est le bon, et contient déjà en miniature le futur dessin.

L’espace s’y définit comme assemblage de traits de couleurs, celles-ci étant parfois juste mentionnées. Parfois une phrase résume le paysage qu’elle a sous les yeux comme un événement, une rencontre visuelle, le surgissement d’une forme, un accident de relief. Car ces vues ne sont pas que des espaces, et on retrouve là la part romantique de son regard : ce sont aussi des événements, des épiphanies.

Texte: Paul Calori

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