Expo du 05 octobre au 29 novembre 2012

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Christophe Pradal


(photographies : Dominique Peraldi)

Quand Christophe Pradal décrit son œuvre récente comme figurative, il peut surprendre. Lui qui pratiqua longtemps la figuration à sa sortie de l’Académie de Port-Royal, identifie certes un virage dans sa production en 2004, qui l’amène vers les arts graphiques, mais n’y voit pas pour autant un changement de problématique.

Il ne se voit ni tout à fait abstrait (« l’abstraction achevée, c’est une idée, plus de l’art »), ni vraiment contemporain (il se dit plus volontiers moderne) et encore moins conceptuel (« c’est comme la danse, quand on se met à réfléchir, c’est foutu »). Plutôt que d’analyser ses propres œuvres, il préfère évoquer les souvenirs vivaces de leur création.

Il crée dans l’inconfort. Fuyant la paraphrase et les réflexes conditionnés, il fait régulièrement table rase pour réinventer son écriture. Nouveaux supports, nouveaux outils. S’il approfondit quelque chose avec le temps, c’est moins une technique précise (« elles s’apprennent vite ») qu’une gymnastique spirituelle : le lâcher prise.

Dans un tel état de recherche, il produit beaucoup, vite, trie, élimine. Les supports parfois les moins nobles (fonds de cagettes, papier journal) sont considérés dans leur interaction avec divers outils (pastel, encre, acrylique), pour tester leur perméabilité, leur degré d’absorption.

C’est sur le mode de l’accident que surgit l’équilibre d’une œuvre, qui prend indifféremment le nom de mystère, émotion, surprise. La part inconvocable, impossible à circonscrire dans une technique balisée : le mariage miraculeux, en couleurs, en lignes, d’un support et d’un outil.

La beauté de l’œuvre de Christophe Pradal se formule comme un paradoxe. Sentiment mêlé de simplicité extrême et de structuration savante invisible. Alliage étonnant de la légèreté fildefériste et ludique d’un Calder et d’une matérialité dense, opaque (il cite volontiers Eugène Leroy et Bonnard, peintres de la matière et de l’enfouissement).

Graphisme et peinture : les deux dimensions du graphisme s’adossent à une matière qui les cimente ou les absorbe, et ouvre au spectateur une profondeur, des espaces. Et quand il nous invite lui-même à nous y projeter, à y déployer une possible 3e dimension, à laisser libre cours à nos représentations, on comprend ce que son œuvre a de figuratif.

Texte : Paul Calori

Christian Huvet


Christian Huvet parle volontiers de ses œuvres comme de « palimpsestes », ces manuscrits réutilisés plusieurs fois à travers les âges, et dont la technologie moderne arrive à reconstituer les strates successives. Recyclage, stratification, hybridation : des processus à l’œuvre dans les dessins exposés ici.

Ses supports sont des sérigraphies ou gravures qu’il réalise lui-même, aux motifs zoologiques, botaniques, anthropologiques, inspirées de planches scientifiques ou tirées de photographies. Mais ces séries d’estampes ne sont souvent qu’un point de départ.

Vient ensuite une phase de maturation dans laquelle acrylique, encre, crayon, fusain se rajoutent à l’original, pour le brouiller ou le recomposer. De certaines séries n’émerge qu’un seul dessin, d’autres émerge un rhizome d’œuvres qui se font écho.

L’image se libère alors de la planche. Les couleurs éclatent. La rigueur livresque ou photographique initiale est bousculée par des volumes ou aplats flottant dans un espace immatériel. La finitude et la fixité deviennent gestation, temporalité, vibration.

Ce geste correctif, en fait donneur de vie, dessine un monde étonnamment doux et serein. Nul vandalisme ironique, comme dans les détournements de tableaux d’un Asger Jorn. Nul geste brusque, comme dans les photos retouchées d’un Arnulf Reiner. Plutôt un délicat rééquilibrage cosmique.

Les symboles universels convoqués (corps, organes, végétaux, animaux) ne sont pas là pour délivrer un message. Certains renvoient clairement à la culture de l’Inde du Sud, une influence forte chez l’artiste. Mais ils sont comme vidés de leur charge psychologique et symbolique pour ne plus représenter qu’eux-mêmes, briques élémentaires en interaction douce, en pacifique apesanteur. Et si rébus il y a, il reste indéchiffrable.

Cet animisme discret, cette approche anti-psychologique de la place de l’homme dans l’univers, ce regard à la fois malicieux et sage : voilà pour nous la force de l’oeuvre de Christian Huvet. Même l’érotisme des corps, bien présent, semble se fondre dans une cosmologie apaisée, qui le dépasse.

Texte : Paul Calori

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